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6 manières dont le patriarcat façonne notre vie sexuelle

Le patriarcat est un héritage de siècles de domination des hommes sur les hommes, puis des hommes sur les femmes et les personnes à vagin, considérées comme en bas de l’échelle, vouées à être façonnées selon le modèle véhiculé et enseigné par les hommes, volontairement ou non. Les conséquences sont visibles dans tous les domaines, jusque dans la vie sexuelle entre individus, mais également au sein d’un couple. Le patriarcat n’est pas seulement l’apanage de l’homme, et c’est pourquoi il a une incidence sur toute la société.

5 manières dont le patriarcat façonne notre vie sexuelle
 « la femme moderne » doit être sexuellement libre et attirante...
tout en cachant ce qui déconstruit le mythe.

Les répercussions du patriarcat sur les hommes impactent directement les femmes et les personnes non-binaires. La pression mise sur les hommes par la société, quelle que soit sa source, incite ceux-ci à être des « mâles virils », toujours d’après une image profondément patriarcale et archaïque de l’homme puissant, et à maintenir ce rapport de supériorité absolue basée sur la force physique surtout avec les femmes. Ce système se prolonge jusque dans l’intimité, où l’homme est le sexe fort face à la femme de sexe faible. Les personnes non-binaires n'existent même pas dans ce paradigme. 

Depuis des milliers d’années, la construction sociale autour de la sexualité masculine est davantage basée sur des pulsions, idée propagée selon un déterminisme scientifique basé sur le  taux de testostérone plus élevé des personnes à pénis comparées à celles disposant d’une vulve, n’impliquant qu’une vision de la sexualité basée sur le sexe pénétratif, comme si toutes les pulsions sexuelles masculines étaient mues par un besoin primaire de reproduction. Ainsi l’homme est puissant quand il ne possède aucun trait prêté aux femmes, qu’il s’agisse de fragilité, de sentiments ou de faiblesse.

Cette image de guerrier véhiculée depuis tout ce temps a banalisé les rapports de force, de viol, d’abus, de manipulation et de contrôle que peuvent avoir les hommes sur les femmes, à l’instar de l’image véhiculée dans une grande majorité des productions pornographiques. 

Elle est d’ailleurs le miroir d’une sexualité masculine basée sur la domination et la performance et reflète à la fois la pression sociale exercée par une vision masculiniste de la sexualité. Ils sont alors éduqués selon un modèle de sexualité patriarcal emprunté à la pornographie, qui leur inculque de fausses valeurs sexuelles, où le rapport se limite à pénétrer la femme pour se soulager.

Voici 6 manières dont le patriarcat façonne notre vie sexuelle !

1. Le patriarcat et sa pensée hétéronormative

Cette pensée consiste à privilégier le sexe quand il est hétérosexuel et cisgenre ; tout ce qui n’entre pas dans ces cases étant hors normes, déviant, malsain. Encore dans de nombreux pays et cultures aujourd’hui, le seul fait de ne pas être hétéro ou un homme est motif à la persécution. En résulte une éclipse de la sexualité non-binaire et une forme d’injustice envers les personnes LGBTQIA+.

Les nombreuses tentatives de suicide chez les personnes trans aux États-Unis -46% d’hommes trans et 42% de femmes tran contre 4.6% pour la moyenne nationale de tentatives de suicide  - sont un exemple flagrant de l’impact de la culture hétérormative sur la santé publique.

Un autre exemple s’est déroulé au Nebraska, où une réforme des programmes d’éducation sexuelle a provoqué colère et indignation de la part des opposants. Alors qu’ils étaient prévus pour mieux guider les enfants à aborder les sujets liés à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre, les nouveaux programmes ont été dénoncés comme des méthodes pour préparer les enfants à l’exploitation et au trafic sexuel, sous le terme anglophone « grooming ».

2. Les barrières entre les personnes à vagin et les professionnels de santé

Il existe une forme de culpabilisation sexuelle de la part des professionnels de santé qui conseillent seulement, par exemple, d’utiliser plus de lubrifiant ou de prolonger les préliminaires pour lutter contre la sécheresse vaginale, insinuant que le problème viendrait forcément d’un dysfonctionnement du désir issu de la femme, avant de chercher une cause médicale. Celle-ci en vient alors à culpabiliser de priver son partenaire de sexe avec pénétration.

Ainsi, nombreuses femmes n’osent pas s’exprimer sur les troubles qu’elles rencontrent, notamment auprès des professionnel.les de santé à cause des barrières dressées entre le système médical et les femmes en termes de santé sexuelle. De ce fait, au-delà du désintérêt, il y a également un sous-diagnostic fréquent, et moins de financements dédiés à la recherche des problèmes de santé sexuelle chez elles, puisque la conclusion alimente le cliché selon lequel la libido féminine serait plus faible (ou accessoire). 

 

 

Ces discriminations sont encore plus flagrantes lorsqu’il s’agit du confort intime des femmes et personnes à vagin. En effet, alors que les troubles de la libido et de la dysfonction sexuelle sont plus fréquents chez les femmes que chez les hommes (43% contre 31%), l'administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments (FDA) propose pas moins de 24 traitements pour les hommes, mais aucun pour les femmes souffrant de déficience ou d’absence du désir d’activité sexuelle (HSDD). Des troubles sur lesquels les femmes ne reçoivent aucune éducation, les guidant vers une souffrance silencieuse, soit par pudeur, soit par culpabilité.

3. Quand le corps féminin et ses fonctions sont stigmatisés 

La religion a joué un grand rôle dans la perception du corps, de la sexualité et le tabou qui en découle. Encore aujourd’hui et dans de nombreux pays du monde, les personnes à vagin n’ont pas accès aux soins gynécologiques avant le mariage, puisqu’elles ne sont pas censées avoir de relations sexuelles avant cela. Ce sont d’ailleurs les règles qui déterminent pour ces cultures le passage à l’âge adulte : une jeune fille qui est menstruée est en âge de se marier, et donc d’avoir des relations sexuelles.

Néanmoins, le tabou des menstruations est encore très ancré dans notre société alors qu’il est principalement issu de la religion, décrétant les personnes en période de règles comme impures et instables émotionnellement. Ce dernier point ayant par ailleurs un impact sur la vie professionnelle et la confiance accordée aux femmes. Il s’agit pourtant d’un phénomène biologique naturel qui varie selon chaque personne, et qui force ces personnes à s’en cacher dans leur quotidien, comme s’il s’agissait d’une faiblesse, d’une honte dont il faudrait se protéger. Dans de nombreuses cultures, et même dans la société moderne, le sexe pendant cette période est délaissé, car considéré comme sale, alors même qu’il est connu que les personnes menstruées connaissent un pic de libido durant cet épisode cyclique.

Cela n’empêche malheureusement pas les entreprises d’en jouer, en commercialisant notamment des produits d’hygiène destinés aux femmes et personnes à vagin, bien souvent nocifs, afin que celles-ci restent « propres ». Ce qui est nommé « protections hygiéniques » protège la femme et l’entourage de l’aspect dégradant que peut avoir les menstruations. Un triste constat qui part de la stigmatisation du corps de la femme ou personne à vagin, et qui a un fort impact sur la représentation de ceux-ci dans la société.

Qu’il s’agisse de marketing ou de réseaux sociaux, tous contribuent à une mauvaise perception du corps féminin, que ce soit par les autres ou les premières concernées. À titre d’exemple, bien que plusieurs rapports et études ont clairement démontré l’impact négatif sur la santé mentale des jeunes adolescentes engendré par l'utilisation d'Instagram, notamment la fragilisation de l’estime de soi ou, pire, des troubles de l'alimentation, Meta continue de promouvoir des contenus nocifs à la santé mentale des jeunes tout en censurant les entreprises qui opèrent dans le domaine de la santé féminine, en leur interdisant de  promouvoir des produits menstruels car l’entreprise considère le sujet comme étant “sexuel” ; nous avons nous-mêmes été touchés par cette censure imposée par  Meta alors qu’il s’agissait de contenus relatifs à la santé menstruelle. C’est le cas pour de nombreuses autres sociétés, comme celles proposant des soins pour le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Qu’y a-t-il de sexuel dans le traitement des ovaires ? Pourtant, cela ne semble poser aucun problème quand il s’agit d’afficher un corps dénudé, retouché, dans une lingerie échancrée.

quelle image est contradictoire à politique de meta sur le sexualité

 Quelle image représente une violation de la politique sur les contenus explicites de Meta?

Hélas, il ne s’agit pas seulement des réseaux sociaux, puisque le métropolitain de New York a refusé à l’entreprise Unbound de promouvoir ses jouets sexuels sur des affiches colorées et graphiques, qui célèbrent la sexualité féminine sans vulgarité. En revanche, la ville n’a pas hésité à accepter la publicité d’une autre société qui propose des solutions à la dysfonction érectile. Heureusement, l’affaire ayant fait beaucoup de bruit, la ville a fini par céder.

La fétichisation et l’objectivation sexuelle des corps féminins

Tandis que de simples menstruations demeurent un tabou censuré par la société, cette dernière en parallèle la fétichisation du corps féminin et son objectivation sexuelle.

La culture populaire influence indéniablement notre relation à notre propre corps, la façon dont nous le traitons ou le percevons, qui le plus souvent peut-être distordue. Les femmes sont disproportionnellement affectées par les influences négatives de la culture populaire. Ce qui leur est demandé aujourd’hui est d’être tout et son contraire. Ainsi « la femme moderne » doit être sexuellement libre et attirante, à l’aise dans son corps, tout en cachant ce qui déconstruit le mythe, à savoir les règles, les douleurs sexuelles ou les difficultés à concevoir. Plus exactement, elle doit être à l’image de ce que l’homme fétichise, qu’il s’agisse du tour de taille, de la poitrine, du fessier ou même de la couleur de cheveux. La femme existe difficilement au-delà de son physique.

L’objectivation consiste à séparer la femme de son corps, quand celui-ci ne devient plus qu’un objet, un désir sexuel via le regard des autres, celui de la société, mais aussi son propre regard. Ce qui réduit la femme à son corps, largement exploité pour de nombreux secteurs, allant de la publicité à la pornographie, en passant par le divertissement. Parce que le sexe est vendeur, même si certaines entreprises tentent de jouer dans les deux cours. Par exemple, MSN.com a publié un article sur les mythes liés à la santé sexuelle et reproductive des femmes, tout en permettant aux lecteurs de trouver d’autres articles à la suite qui sexualisent la femme. Ils sont d’ailleurs loin d’être les seuls à se permettre ce genre de contradiction aberrante sans se poser de questions !

sexualisation partout

 La sexualisation du corps féminin est partout... même en bas d'un article qui la dénonce !

La femme a connu dans les années 60 une libération sexuelle, en opposition à la sexualité conservatrice et héritée de l’église catholique qui milite pour une approche exclusivement hétérosexuelle. Mais bien qu’opposées, ces deux visions sont androcentrées, car elles ne remettent pas en question les rapports entre l’homme et la femme. La libération sexuelle n’est finalement pas la libération de la femme, mais une manière de dire que la femme est disponible sexuellement pour l’homme. Une femme sur 10 admet avoir été contrainte à avoir des rapports sexuels, principalement avec un partenaire intime, pour un homme sur 70 seulement.

5. Le rôle du patriarcat sur l'essor cosmétique

La France est un leader mondial de l’industrie cosmétique, évaluée à plus de 10 milliards d’euros rien que sur ce territoire. Et ce secteur touche essentiellement les femmes qui, au-delà de vouloir participer à leur bien-être, sont poussées par la société à se rendre désirables en toutes circonstances.

Dans le but de rester jeunes et attractives, les femmes investissent du temps et des sommes d’argent considérable. Les soins de la peau, le maquillage, l’anti-âge, le coiffeur, les régimes, l’épilation… tout ceci dans le but de plaire et d’attirer des partenaires essentiellement masculins.

Pour être désirable selon les normes de la société, la femme subit une certaine pression jusque dans son intimité. Son vagin doit être parfaitement épilé, jeune, serré, et sentir bon. Il existe sur le marché de nombreux traitements supposés miraculeux, comme les œufs de Yoni, censés purifier l’utérus et libérer des énergies sexuelles. Certaines femmes passent par le rajeunissement vaginal sous prétexte que leur sexe semble fatigué, notamment après avoir donné la vie, tandis que d’autres risquent leur santé en cosmétiques créés pour parfumer leur vulve. Les prix sont exorbitants en raison de la taxe rose et les produits sont en grande partie dangereux. En attendant, aucune attention n’est portée, par exemple, à la santé pelvienne, notamment en termes de rééducation du plancher pelvien, qui coûte très cher aux États-Unis, par exemple, en plus de ne pas être couverte par une assurance.

6. La charge sexuelle et la culpabilisation

Si le concept de charge mentale n’échappe plus à quiconque, il s’agit de comprendre qu’il y a également une charge à porter au sein de l’intimité, appelée charge sexuelle. Et c’est aux femmes qu’elle incombe. C’est l’image imposée par la société et l’éducation patriarcale de devoir s’apprêter pour séduire et plaire, de faire passer son plaisir après l’autre quitte à ne pas connaître l’orgasme, de s’inquiéter avant tout du désir de l’autre, de penser à la contraception ou de de se préoccuper de la santé sexuelle.

La culpabilisation sexuelle ne se limite pas aux professionnel.les de santé, mais également aux hommes qui usent et abusent du chantage affectif pour faire comprendre à leur partenaire qu’elle ne remplit pas correctement son « rôle » quand elle a peu de désir. Pas moins de 9 femmes sur 10 affirment par ailleurs s’être forcées pour céder à leur conjoint.

Même en cas de douleurs sexuelles qui affecte d’ailleurs un pourcentage important de femmes. En effet, les études montrent que 30% des femmes et personnes à vagin ont des douleurs vaginales lors de la pénétration, et 72% avec le sexe anal. Le prix du plaisir masculin se paye souvent, et sans grande considération, dans la douleur d’une femme.

D’un autre côté, le patriarcat contribue aux clichés de la sexualité féminine selon lesquels la libido des hommes doit être supérieure à celle de la femme, considérée comme faible. L’homme aurait toujours envie de sexe, alors que la femme n’aurait que peu de désirs, alors que des études démontrent qu'il s'agit souvent d'un manque de communication. De la même manière qu’un homme qui laisse libre cours à sa libido est un bon séducteur, viril, alors que la femme qui apprécie le sexe avec divers partenaires devient une traînée.

La norme et la pression sociale exigent des femmes qu’elles soient discrètes sur leurs relations, leur sexualité, mais aussi leur propre corps. Avant 2017, il n’existait même pas de représentation complète du clitoris dans les manuels scolaires, alors même qu’il s’agit un organe exclusivement dédié au plaisir. Mais qu’il s’agisse de sexe avec un.e partenaire ou de masturbation, la femme est censurée dans son désir et son plaisir, dans la découverte, l’apprentissage et l’amour de son propre corps. Avec une telle méconnaissance, elle est poussée à normaliser la difficulté à trouver l’orgasme, le plaisir féminin réduit à la pénétration donnée par un pénis.

Ce sont là simplement quelques unes des manières dont le patriarcat affecte la sexualité et le corps féminin. Il en existe bien d’autres ! Partagez votre expérience personnelle sur les effets du patriarcat sur votre sexualité en utilisant le hashtag #jedenoncelepatriarcat sur instagram.

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